Le temps des vacances, c’est partir et prendre le temps d’une pause sur la route pour un moment de respiration. Le festival international des jardins à Chaumont-sur-Loire est un de ces moments privilégiés pour faire une étape sur le chemin vers les montagnes alpestres. Le thème du 7ème art a été choisi cette année pour donner aux concepteurs des jardins éphémères l’occasion de penser leur espace en fonction d’une œuvre cinématographique. Nous avons été éblouis par la beauté, l’esthétisme, les effets sonores et sensoriels des différentes réalisations. A Chaumont l’art contemporain vient compléter l’attractivité du lieu par des expositions dans le parc et dans les différents bâtiments du domaine. Certaines œuvres peuvent dérouter par leur incompréhension, d’autres au contraire attirent l’œil et rayonnent par leur conception. Après cet intermède floral et culturel, nous reprenons la route en direction de Gièvres, au cœur de la Sologne, où nous avons réservé une chambre d’hôtes « Le champ du Pré » dans une ferme céréalière. Une adresse qui mérite le détour.


Oeuvres de Evi KELLER Fenêtre sur cour
Nous avons hâte de retrouver Paul et Clotilde à la Grange aux Loups dans le Beaufortain, à Queige plus précisément où nous avions passé une semaine hivernale dans leur maison d’hôtes quelques années auparavent. Nous profitons de notre avance horaire pour visiter la cité médiévale de Conflans, aux portes d’Albertville. La canicule s’installe, même dans la Savoie. Les parasols du café de la place centrale, près de la majestueuse fontaine, apportent un peu de fraîcheur aux consommateurs que nous sommes. L’enthousiasme des retrouvailles n’est pas feint. Clotilde nous installe dans la suite parentale avec vue sur la vallée environnante. Paul nous rejoint à 19h30 précises pour l’apéritif au vin de Savoie avec les autres convives. Un repas typiquement montagnard est servi où le fromage de Beaufort règne en maître. Il en sera ainsi tous les soirs du séjour avec comme cerise sur le gâteau les desserts concoctés par Paul.
18 Juin
Distance : 9.6 km
Dénivelé : ± 568 m
Nous prenons la route pour le col du Pré. Après la traversée d’Arêches, la difficulté devient grandissante car la route est étroite et sinueuse. De nombreux cyclistes montent, et pour certains péniblement, vers le col. Le parking est déjà saturé. Sac au dos nous dirigeons vers la roche Parstire. Quelques groupes de randonneurs nous précèdent. Nous entrons dans un sous-bois à la pente assez raide. Notre acclimatation à l’altitude et à l’effort n’est pas encore efficiente. Au bout d’une heure de grimpette la cadence et le souffle reviennent peu à peu. La pénombre de la pinède laisse place à un ciel bleu éclatant d’azur. Le sentier chemine sur une ligne de crête. D’un côté une paroi abrupte, de l’autre un alpage pentu. Le panorama est phénoménal : le Mont Blanc avec son sommet enneigé et le lac de Roselend avec son eau turquoise. La roche Parstire culmine à 2109m. Ensuite nous entamons la descente jusqu’au passage de la Charmette. Durant trois kilomètres nous aurons profité d’un cadre grandiose.


Vue sur le lac de Roselend et le Mont Blanc La roche Parstire
Le bruit des clarines guide nos pas. Les vaches de type abondance ou tarine paissent dans le vallon. La montée en estive n’a pas débuté. Nous nous posons aux abords d’un chalet afin de profiter de l’ombre de ses murs de rondins et savourer notre premier pique-nique montagnard. De nombreux chalets s’alignent le long de cette piste carrossable. Les stations de traite mobiles sont en place pour récolter le lait destiné à la fabrication du fromage de Beaufort. A 1700 m d’altitude, le soleil tape fort. Nous avons hâte de retrouver l’ombre du sous-bois. Quand nous reprenons la voiture, nous avons toujours la hantise de croiser un autre véhicule. Ce sera pourtant toujours au bon endroit et au bon moment. Nous, Bretons, devons avoir un temps d’adaptation avant de circuler aussi sereinement que les autochtones. Une halte au bourg de Beaufort s’impose pour fêter notre première journée de randonnée et nous sacrifions au rite d’une bonne mousse au bar de la place centrale sous les parasols et les brumisateurs. Le thermomètre affiche 33°c. Ce soir, à la table d’hôtes nous avons plaisir à retrouver Jean-Jacques et Annick, de notre génération, mais qui ont un potentiel sportif incroyable.

19 juin
Distance : 8.8 km
Dénivelé : ± 758 m
Pas de douleurs, pas de courbatures, le corps s’est adapté à ces nouveaux efforts au grand soulagement de ma compagne. Alors nous repartons, le cœur vaillant pour une nouvelle randonnée au départ du hameau des Granges sur la commune de Hauteluce. Des travaux sont en cours entre Beaufort et Hauteluce. Pour rejoindre le hameau, une déviation a été mise en place dont une partie s’effectue sur une piste où le soleil rasant et la poussière émise par une fourgonnette rendent la conduite ardue. Au village des Granges, le sentier rentre dans la forêt de pins. La montée est raide mais à l’abri de la chaleur. Nous arrivons en vue d’un vieux chalet construit au milieu de nulle part, bordant le chemin. Quel courage de venir construire pareille bâtisse dans un environnement aussi dur et abrupt ! Après une heure et demie de grimpette, nous débouchons dans les alpages. Sur notre droite, nous entendons le son des clarines. Sur une piste parallèle, un troupeau de vaches mené par un vacher monte vers les vertes prairies fleuries. Au point de jonction avec notre chemin, elles se précipitent sur les abreuvoirs, nous barrant le passage menant à la Commanderie. Le vacher nous incite à continuer sur la piste enherbée car l’attente risque de se prolonger ; les animaux, de par la chaleur ambiante, sont assoiffés.


Vaches de type Abondance Le sommet de la Girotte
Nous dépassons le chalet, puis nous poursuivons dans une immensité de prairies où des milliers de fleurs s’épanouissent. Une myriade de variétés et de couleurs tapissent les mamelons enherbés. Nous sommes les seuls randonneurs à fouler ces estives. Notre ascension se poursuit vers le point culminant à la côte 1926 m. Ce sommet domine le barrage du lac de la Girotte. Après une pause-déjeuner, nous retournons sur nos pas. Le ciel s’ennuage et devient menaçant. Les derniers kilomètres de descente commencent à peser dans les jambes. Nous reprenons notre portion de route atypique pour rejoindre Hauteluce. Cette petite bourgade possède une église au clocher à bulbe qui présente des spécificités uniques : trompe l’œil extérieur, chaire sculptée en noyer, retable à baldaquin.

20 juin
Distance : 6.6 km
Dénivelé : ± 339 m
En ouvrant les volets, le ciel est d’un bleu intense. La température devient préoccupante. Nous optons pour une randonnée à la demi-journée. Paul nous conseille le sentier patrimonial des Pointières. Nous nous garons près de la petite chapelle. Son intérieur est joliment décoré et meublé. La balade commence par une petite exposition expliquant la volonté des Queigerains de partager la mémoire collective des paysans d’autrefois et leur mode de vie. Ainsi des panneaux pratiques et explicatifs parsèment le parcours. Nous arrivons en vue d’un premier chalet qui renferme de nombreux objets : outils, vêtements et matériel agricole. Des photographies illustrent la dureté de cette vie rurale où les gens semblaient malgré tout heureux. Quelques centaines de mètres plus haut, un deuxième chalet présente dans l’ancienne étable située au rez-de-chaussée la fabrication du cidre. A l’étage, un élément de charpente a été reconstitué pour montrer la technique d’assemblage des bottes de paille de seigle afin de couvrir les toitures, aujourd’hui remplacées par des tôles. Tout le long de cette boucle qui alterne différents paysages : bois, pâtures, forêts, nous découvrons des fermes en ruine, des sculptures hétéroclites et poétiques. Un véritable enchantement culturel entretenu par des gens passionnés et fiers de leurs racines.
Pour éviter d’être accablés par la chaleur, nous filons vers Albertville pour trouver une certaine fraîcheur dans le musée Tremplin92 qui retrace les jeux olympiques d’hiver d’Albertville. Nous serons les seuls à déambuler au milieu des souvenirs de ces compétitions hivernales. Au dîner, nous sommes en présence d’un couple de québécois venus escalader les spots alpestres. Nos cousins d’outre atlantique ont des expressions qui donnent du baume au cœur. Nous passons un moment éphémère mais délicieux en leur compagnie.

21 juin
Distance : 11,5 km
Dénivelé : ± 922 m
Pour notre dernière virée pédestre à partir de la Grange aux Loups, nous avons opté, sur les recommandations avisés de Paul, pour l’ascension du Mont Mirantin. Après de nombreux kilomètres sur une route défoncée, à rouler à moins de 30 km/h, nous parvenons au chalet forestier des Chappes. Du parking, le sentier balisé en blanc et rouge est situé à 200 mètres en contrebas. Nous sommes sur une portion du GRP Tour du Beaufortain. A l’abri, sous la frondaison des épicéas, nous gravissons la pente boisée avant de déboucher sur un sentier horizontal qui longe la base du Mont Pourri. Nous nous dirigeons vers la pointe Saint Jean. Les premiers névés font leur apparition, une marmotte lance un cri, puis un renard s’enfuit en dévalant une plaque de neige, la queue droite et touffue. Je le suis des yeux avant qu’il disparaisse derrière un monticule rocheux. Je retrouverai ses traces imprimées dans la neige amollie par la chaleur ambiante. Nous nous arrêtons régulièrement pour nous hydrater et reprendre notre souffle.


Dans les névés Panorama au pas de l'Ane
De nouveaux marquages nous entraînent vers un itinéraire ponctué de nombreux névés. Nous pouvons aisément creuser nos marques dans la couche neigeuse afin de traverser ces surfaces glissantes en dévers. La pancarte en bois marquant le pas de l’âne se distingue sur la crête. Nous nous posons, à proximité, sur une partie herbeuse face à un panorama grandiose. Nous abandonnons la montée vers le sommet du Mirantin. Notre provision d’eau de deux litres a été considérablement entamée alors nous préférons rebrousser chemin. En reprenant la descente, nous croisons un vététiste en train de pousser son vélo électrique sur un névé. Comment certaines personnes arrivent à réaliser des performances aussi scabreuses ? Nous évitons les névés en prenant le chemin de crête où d’anciennes balises plus ou moins effacées sont encore visibles. La vue d’un randonneur dévalant une plaque neigeuse sur 20 mètres, sans dommage, nous conforte dans notre choix. Nous rejoignons notre véhicule en prenant la piste forestière à partir du chalet des Chappes. Nous dînons en présence de Lyonnais fort sympathiques, un éclairagiste-intermittent du spectacle et sa compagne orthophoniste. Nos discussions portent sur des sujets dont nous partageons des valeurs similaires.

22 juin
Nous abandonnons nos chaussures et nos vêtements de randonnée pour des tenues de ville. Nous fourrons dans les sacs serviettes et maillots de bain. Après une cinquantaine de kilomètres, nous abandonnons notre véhicule au parking gratuit des Marquisats à Annecy. Pour rejoindre le centre-ville, nous longeons le port de plaisance où sont amarrés des bateaux dignes de figurer dans un port breton. Puis nous remontons le Thiou, cours d’eau qui traverse le centre médiéval. Les terrasses des restaurants s’étalent le long des canaux qui parcourent le vieil Annecy. Progressivement les rues et les ruelles se dirigent vers le château des comtes de Genève situé sur un promontoire. Il domine la ville et le lac. Depuis 1961, le musée s’est implanté dans l’aile principale et dans le logis Perrière. L’aile principale présente les collections de beaux-arts, d’ethnologie et d’art contemporain. Le mobilier de type savoyard a retenu toute notre attention. Dans le second bâtiment, un espace est alloué à l’archéologie, à l’occupation humaine et aux usages lacustres de la préhistoire à aujourd’hui sur les bords du lac. Nous quittons la ville pour la rive Est du lac. Nous déployons nos serviettes sur la plage de Talloires après avoir déboursé une somme modique pour le stationnement. La baignade ne s’avère pas aussi prometteuse que prévu. L’eau est agitée et la faible portance de l’eau douce nous surprend. Heureusement l’ombre des arbres permet de se poser pour un bon moment de farniente.


23 juin
Distance : 13.2 km
Dénivelé : +1201 m -333 m
Nous quittons la Grange aux loups avec beaucoup de regret. Notre paquetage a été complété en prévision d’une petite itinérance de deux jours du côté du col du Bonhomme. Avant d’atteindre le col de Roselend, nous bifurquons en direction du lac de La Gittaz. Passé le tunnel taillé dans le rocher, nous abordons une piste qui contourne le lac. Nous laissons notre véhicule au premier parking, au bord du torrent. Nous endossons nos sacs à dos et suivons les indications des panneaux en direction du chalet de Grézillon. Les éleveurs installent clôtures et abreuvoirs pour parquer le bétail dans des parcelles limitées. Un groupe de seniors, encadré par une guide, nous précède. Au chalet, nous nous rafraîchissons à l’abreuvoir, dernier point d’eau avant la montée vers le refuge du col de la croix du Bonhomme. Les derniers lacets, sur un terrain peu pierreux, nous amène tranquillement à la côte de 2330m pour ensuite basculer sur l’autre versant. Nous perdons 130 m d’altitude en rejoignant le chalet d’alpage de la Lauze avant d’entamer la grimpette vers le col de la Sauce. La montée est progressive et ne présente aucune difficulté. En arrivant au col, nous distinguons la longue crête des Gîtes sur laquelle nous allons cheminer avant d’atteindre le refuge.Seule l’appréhension due au vertige vient troubler la progression.
A l’arrivée au refuge, sac à dos, chaussures et bâtons sont stockés dans une grande caisse et nous disposons d’une petite caisse pour nos affaires personnelles, notre nécessaire de nuit et de toilette. A l’étage un des gardiens vérifie notre réservation et nous invite à le suivre jusqu’à la chambre Mont-Blanc composée de quatre couchages. Nous délaissons la douche chaude à jetons pour une toilette de chat au lavabo. Pour le dîner, chacun trouve sa place en consultant la petite fiche déposée en bout de table. Nous nous asseyons avec un groupe de jeunes Lillois très agréables. Partis pour le tour du Beaufortain, ils arrivent du refuge de Roselette où ils déploraient un accueil, une hygiène et une restauration pitoyables. Ici, malgré la capacité énorme du refuge (130 places), tout est bien organisé, les gardiens sympathiques et le repas roboratif et savoureux : soupe de lentilles avec fromages locaux, croziflette et gâteau au chocolat. Tombant de fatigue, nous regagnons nos bannettes pour une nuit réparatrice. Alors que nous sombrons dans le sommeil, des retardataires viennent s‘installer dans les deux couchettes inoccupées.

24 juin
Distance : 8.8 km
Dénivelé : + 89 m - 956 m
A 7 heures du matin, nous descendons pour prendre le petit déjeuner. Nous retrouvons notre groupe de jeunes Lillois. Puis chacun reprend sa route, eux vers le refuge du Presset, nous vers le col du Bonhomme et le refuge de la Gittaz. La montée vers le col est assez laborieuse parmi les pierriers. Par contre, j’ai le bonheur de faire la rencontre d’une jolie marmotte qui pose le temps de la photo. Puis nous observons l’agilité des chamois en dessous de la barre rocheuse tandis qu’un bouquetin paît près de la crête sur une plaque de verdure. Au col nous quittons le GR5, le GR du tour du Mont Blanc et le GRP Tour du Beaufortain. Nous bifurquons vers le chalet d’alpage de la Sausse. Une belle descente. Le chalet est implanté près de la confluence de deux torrents, sur une vaste surface herbeuse. Après une pause, à l’ombre de la bâtisse, nous poursuivons en suivant le torrent de la Gittaz. L’eau bouillonne, chute, prend de la vitesse entre les parois de plus en plus abruptes. Après un pont de neige qui permet de franchir l’onde écumante, nous parcourons un chemin creusé dans la paroi en 1892, appelé le chemin du curé, taillé sur commande du chanoine de Beaufort pour désenclaver son alpage de la Sausse. D’une longueur de 350 mètres pour une largeur de deux à trois mètres, il domine le torrent d’une cinquantaine de mètres à l’endroit le plus escarpé. Après le pique-nique nous rejoignons notre voiture.



Marmotte Col du Bonhomme Chemin du curé
Devant l’impossibilité de trouver un endroit ombragé pour un moment de farniente et de lecture, nous reprenons notre véhicule en direction du lac de Roselend. Face au lac, la terrasse de la maison du lac nous offre un moment de tranquillité en sirotant une bonne bière locale. Les nuages devenant de plus en plus nombreux, il est temps de rebrousser chemin pour rejoindre le refuge de la Gittaz. L’accueil est fort sympathique et l’installation dans un dortoir d’une dizaine de places pour nous seuls nous comble d’aise. Le refuge accueille deux groupes hébergés dans d’autres dortoirs. A l’heure de l’apéro, trois jeunes filles viennent s’installer à notre table pour jouer aux cartes. Martine se voit proposer une partie de Riquiqui, version belge du whist. Une franche rigolade se déclenche autour de la table, avant que la cloche retentisse pour nous inviter à nous rendre dans la salle à manger. Le repas se compose d’un potage de pois cassé avec pain et beaufort, puis un bœuf bourguignon avec sa polenta, et pour finir un crumble aux pommes. Après avoir débarrassé et nettoyé la table, Martine étale les cartes pour une belote à deux. A peine la partie entamée qu’une jeune fille s’intéresse à notre jeu. Devant son enthousiasme et son souhait d’approfondir ses connaissances sur les règles, je lui cède volontiers ma place pour quelques tours.

25 juin
La température ambiante indique 15°c lorsque nous quittons le refuge. A Beaufort, nous faisons emplette de quelques morceaux de fromage à la coopérative. Nous nous arrêtons au bord du lac de Nantua pour notre pause déjeuner dans un cadre agréable et verdoyant. Nous faisons halte dans le Maconnais, à la chambre d’hôtes de La Ferdière où nous avons pris l’habitude de scinder notre trajet en deux étapes. Malheureusement notre hôte ne fait plus la table d’hôtes qui avait fait sa renommée. Alors le coin cuisine mis à notre disposition sera notre repli pour le repas du soir.
Trois années se sont écoulées depuis que nous avions côtoyé les sentiers montagnards. Ce séjour nous a confortés sur notre capacité à franchir des dénivelés de 1000 mètres et à contempler ainsi des paysages de toute beauté au milieu d’une nature sauvage et préservée.











