Une île est restée dans l’ombre de nos pérégrinations : l’île d’Oléron. Avant d’enjamber le pont qui la relie au continent, une visite de Rochefort s’impose. Cette cité a été créée en 1666 à l’initiative de Colbert pour y établir un chantier de construction pour la marine de guerre avec un arsenal maritime et militaire. L’emblématique corderie royale, restaurée après son incendie durant la seconde guerre mondiale, mérite la visite. La corderie, longue construction de 374 mètres, permettait d’assurer la fourniture des cordages pour les navires de guerre. La visite commence par un spectacle immersif qui nous replonge dans l’histoire de cet ouvrage. Puis la scénographie du musée permet de comprendre la transformation de la matière première : le chanvre en produit fini : les cordes. Un espace est dédié à l’exposition temporaire d’œuvres en relation avec le monde marin. En 2026 « Totems » réalisé par deux artistes Coco Fronsac & Jim Skull a pour thème « filins et cordages ». A travers une forêt de cordages, nous découvrons des sculptures de fils, de cordes, de bobines surprenantes et oniriques. Après cet intermède culturel et artistique, nous rejoignons notre hébergement situé dans la résidence « la maison du curiste», à proximité du port de plaisance et du centre-ville. Au coucher du soleil, nous parcourons le bord de la Charente, les jardins arborés de la corderie et les bassins de radoub dont l’un d’entre-deux a permis la construction de la frégate l’Hermione. Le centre ville, dont les rues sont tracées au cordeau, recèle de nombreux bâtiments anciens en pierre de calcaire.
Le lendemain, une halte à la petite cité fortifiée de Brouage est inévitable. Cette place forte bâtie par Richelieu et modernisée par Vauban, est entourée de marais salants qui ont fait sa renommée au XVIème siècle. Plus de 200 navires venaient charger l’or blanc pour la pêche à la morue de Terre-Neuve. Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec, est natif de Brouage. Son histoire est relatée dans la halle aux vivres transformée en musée interactif. Un endroit magnifiquement mis en valeur et une scénographie riche et ludique où petits et grands pourront découvrir l’histoire de ce village hors du commun. Le tour des remparts de 8 km permet de contempler les paysages alentour où l’eau et la terre se confondent et surplomber les rues quadrillées dans cette enceinte carrée de 400 mètres de côté. Bastions et échauguettes ponctuent le parcours. De nombreux travaux de restauration des remparts sont en cours pour consolider et rendre la magnificence de ce lieu.





Le viaduc long de 2862 mètres franchit le coureau d’Oléron pour nous déposer de l’autre côté du continent. Avant de récupérer notre logement à Dolus-d’Oléron, nous traversons toute l’île pour nous rendre à la pointe nord où s’élève le phare de Chassiron. Cette tour à feu, haute de 46 mètres, a été mise en service en 1836 suite à l’augmentation du trafic maritime. Après avoir gravi les 244 marches, nous débouchons sur la plateforme au pied de la lanterne. Nous découvrons sur 360° la partie nord de l’île, le pertuis d’Antioche, Fort Boyard et sous nos pieds le jardin remarquable sous forme de rose des vents.A Dolus-d’Oléron, nous errons un moment avant de parvenir à trouver l’entrée de la résidence. Une barrière nous bloque l’accès et comble de malchance, le SMS de la propriétaire nous renseignant sur les codes a disparu. Après plusieurs tentatives pour la joindre, nous parvenons à notre logement. Une bonne centaine de mètres sépare le parking de l’habitation et plusieurs voyages seront nécessaires pour décharger nos affaires.

Vue de la plateforme du phare Phare de Chassiron
7 septembre
Pour cette deuxième journée, nous avons opté pour la côte est, au lieu-dit la pointe d’Arceau, afin de découvrir à pied cette partie du littoral. Quelle désillusion quand nous constatons que la route des huîtres sert aux véhicules à moteur, aux vélos et aux piétons ! Point de sentier de randonnée digne de ce nom. Nous visitons le site de la Baudissière et ses cabanes colorées d’artistes avant de mettre le cap sur Boyardville. Le sentier patrimonial nous guide pour la découverte de ce lieu. A la pointe de la Perrotine, Fort Boyard se distingue à quelques encablures. Nous quittons les sentiers battus en longeant les murailles du fort Panorama en direction de la forêt domaniale des Saumonards. Un sentier en boucle, balisé en vert, nous balade au milieu des pins maritimes. De retour au centre-ville, le circuit du patrimoine nous entraîne vers le village ostréicole de Fort Royer. Après le repas, un beau coucher de soleil nous attend au port de la Cotinière. Quelques badauds viennent contempler l’astre solaire sombrer dans l’onde marine. Puis au crépuscule, nous poursuivons notre découverte du port en longeant la jetée nord jusqu’au feu bâbord. Un chalutier côtier sort des bassins pour se rendre sur son lieu de pêche.

La Baudissière Village ostréicole de Fort Royer
8 septembre
Sur l’île d’Oléron, il n’existe pas de sentier des douaniers qui longe le front de mer. Pour pallier cette absence, nous optons pour des randonnées sur les plages de la côte ouest. Du parking des Placelles, nos pas nous dirigent vers le nord jusqu’au Grand Cluseau. L’immensité des plages apparaît d’autant plus imposante que nous sommes à marée basse. Nous pouvons ainsi marcher sur un sédiment tassé qui facilite la déambulation. De nombreuses écluses à poissons s’alignent le long du parcours dont certaines sont encore en activité grâce à l’association de sauvegarde qui regroupe les codétenteurs de ces pêcheries ancestrales. Nous repartons vers le port de pêche afin de découvrir, en plein jour, les activités de ce 1er port de Charente-Maritime. Plus de 90 espèces différentes sont débarquées des 95 navires artisanaux qui viennent accoster au quai de la criée. Cette nouvelle criée permet aux visiteurs, grâce à un long belvédère, de regarder l’arrivée des chalutiers, le déchargement des cales et la vente des différents lots. De nombreux panneaux disposés le long de la terrasse exposent les méthodes et les zones de pêche, les différentes espèces de poissons et de crustacés, les types de bateaux et le rôle de la criée. Nous avons la chance d’arriver au moment du retour de pêche et de voir les marins pêcheurs s’affairer à remonter les caisses à marée du ventre de leur embarcation.
Pour clore cette journée, nous finissons au Château d’Oléron par la visite de la Citadelle construite en 1630 sur l’ordre de Richelieu. La porte royale débouche sur une vaste esplanade où se dresse l’arsenal, rénové en 2015 après avoir subi les bombardements alliés en 1945, alors occupé par l’armée allemande. Les bastions situés de chaque côté accueillent des expositions. Mais l’ensemble laisse une impression de résignation face à l’ampleur des travaux de restauration qu’il faudrait entreprendre pour retrouver un semblant de place forte. Nous descendons vers le port ostréicole et le chenal d’Ors où s’alignent de nombreuses cabanes colorées, la plupart occupées par des artisans d’art.





9 septembre
Pour cette dernière journée, nous choisissons de parcourir la grande plage de Grand-Village-Plage vers la pointe de Gatseau. Quelques surfeurs viennent affronter les rouleaux qui se brisent avec fracas. Un groupe de musiciens tourne un clip au bord de l’eau. La plage s’étend sans limites visuelles. D’un côté bordée par les dunes, de l’autre par un estran rocheux. Seul le bruit des vagues vient envahir l’atmosphère de la grève. Au bout de quatre kilomètres, nous décidons de rebrousser chemin. Nous retrouvons nos musiciens de l’eau jusqu’aux genoux, la batterie baignant dans l’eau salée, s’apprêtant à regagner la terre ferme. Des troncs apportés par la mer nous offrent un endroit propice pour déjeuner. Nous profitons du bruit des vagues, du vol des goélands, de l’immensité de l’océan pour savourer notre pique-nique. Nous terminons cette escapade à Saint-Trojan-les-Bains, station balnéaire depuis 1898 où les villas d’architecture de la belle époque s’alignent sur le front de mer. Son petit port ostréicole est bordé de restaurants et de cabanes peintes de couleur vive.

Grande plage de Saint-Trojan-les-Bains Port ostréicole de Saint-Trojan-les-Bains
L’île d’Oléron ne nous laissera pas un souvenir inoubliable. En effet, nous cherchions un dépaysement plus proche de nos îles bretonnes où les sentiers côtiers sont légion. L’urbanisation, la circulation automobile, le foisonnement d’ateliers d’artistes ont été des repoussoirs aux attraits qu’auraient pu procurer les sites naturels et patrimoniaux.